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Un mois après la randonnée…

Un mois après la randonnée…

28 mai 2019 Evénements 0

Il y a un mois, je partais accompagnée d’Audrey et Hélène pour randonner trois jours.

Point de départ : Le corps de ferme historique identifié comme pouvant accueillir le premier lieu de vie.

Objectif : Faire connaître l’association « Projet Athéna » et identifier les leviers qui permettraient à des personnes à besoins spécifiques de cohabiter avec des personnes qui n’en auraient pas nécessairement.

Nous prenons la pose devant le corps de ferme avant de commencer la randonnée…

Jour 1 : De Delettes à Witternesse

Le premier jour, les filles veulent en connaître plus sur les motivations qui m’ont poussée à créer l’association « Projet Athéna ». Je leur raconte quelques anecdotes issues de l’année où j’ai quitté le secteur des nouvelles technologies pour me consacrer au secteur médico-social. C’est avec beaucoup d’émotions que je leur relate ces parents qui vivent l’indicible une fois la porte de la maison refermée, ces familles obligées de déménager pour rester à proximité de leur proche qui vient de trouver une place dans un établissement adapté à des centaines de kilomètres du cocon familial ou ces femmes et ces hommes désemparés qui voient le comportement de leur conjoint évoluer de jour en jour du fait d’une maladie neurodégénérative. Cette discussion réveille quelques inquiétudes : comment se passeront les soirées que nous avons prévues de partager en établissement médico-social ? Quels sont les leviers qui permettraient à des personnes à besoins spécifiques de cohabiter avec des personnes sans besoins particuliers ?

Soir 1 : Au FAM « L’Abbaye » à Witternesse

Photo souvenir avant d’entrer dans le FAM…

Nous arrivons le premier soir au FAM « L’Abbaye » à Witternesse. Je connais mes cop’… Je sais que l’une d’entre elles est particulièrement mal à l’aise avec le handicap, j’espère que la soirée ne la chamboulera pas trop. Nous sommes accueillies par les professionnels de l’établissement. Audrey et Hélène n’ont aucune idée de la manière dont fonctionne un FAM (Foyer d’Accueil Médicalisé), je suis ravie de les voir aussi curieuses. Elles étaient loin d’imaginer les nombreuses activités proposées aux personnes accueillies : soins esthétiques, sentier des senteurs, visites en extérieur, shopping, promenades en calèche, etc.

Les chevaux du FAM…

Après une bonne douche, nous échangeons quelques minutes : nous tentons d’imaginer les résidents avec qui nous allons partager le dîner.

Notre arrivée est fort attendue : biscuits apéro et limonades n’attendent que nous pour ouvrir les hostilités !

Nos hôtes sont heureux de partager avec nous le repas qu’ils ont préparé pendant la journée, aidés par des lycéens d’un établissement situé à proximité.

Nous nous répartissons autour de la table pour éviter de rester entre nous et favoriser les échanges avec les résidents. Malgré notre volonté de faire la connaissance de chacun, nous nous apercevons rapidement que nous n’arrivons pas à communiquer avec tout le monde. C’est le principal constat que nous dresserons lorsque nous nous retrouvons toutes les trois : les difficultés de communication ont été un vrai frein à notre immersion.

Jour 2 : De Witternesse à Ecques

Le lendemain matin, nous ne sommes pas pressées de reprendre la route. Une des résidentes nous a invitées à prendre le café avant son départ pour la Cité de l’Europe et nous sommes ravies de la rejoindre.

Nous sommes enchantées d’avoir rencontré Annick dont la joie de vie est communicative…

Nous serions bien restées plus longtemps mais les professionnels sont prêts à partir pour Calais et nous ne souhaitons par arriver tardivement à Ecques pour profiter de nos hôtes du soir.

Nous faisons un petit détour pour découvrir le sentier des senteurs dont les résidents nous ont vanté les mérites la veille. Nous ne pouvons que trop les comprendre… Un véritable havre de paix, propice à l’introspection… Je vous conseille vivement de vous rapprocher du FAM pour qu’un résident vous fasse découvrir ce petit coin de paradis !

Le sentier des senteurs, un espace hors du temps…

Sur la route, nous échangeons sur cette première soirée : cohabiter avec des personnes à besoins spécifiques n’est pas simple, nous nous sommes rendues compte que les difficultés que nous rencontrions à communiquer avec certains nous ont amenées à privilégier les échanges avec ceux avec qui il était le plus facile d’échanger.

Savoir s’arrêter sur les bords d’un chemin pour prendre le temps d’être ensemble…

Soir 2 : EHPAD d’Ecques

Nous voilà arrivées au deuxième établissement…

Nous voilà arrivées à Ecques. Nous sommes accueillies par la directrice qui nous fait une visite complète de l’établissement. Hélène et Audrey découvrent l’espace Snoezelen et, pour ma part, je découvre l’utilité des poupées Reborn dans le cadre de l’accompagnement des personnes souffrant d’Alzheimer. Nous sommes surprises à plusieurs reprises : les chambres semblent refléter l’univers de chaque résident (la directrice nous explique qu’à leur arrivée, chacun choisit la tapisserie et peut amener des meubles), nous croisons même des oiseaux et des chats. Nous sommes bien loin de l’univers aseptisé que nous nous étions imaginées.

Je ne peux pas résister à la tentation de vous présenter les poupées Reborn…

Le moment venu du repas, nous nous séparons pour prendre chacune notre dîner dans une unité de vie différente.
Lorsque nous nous sommes retrouvées, le ressenti de chacune est bien différent. Ceci est probablement lié à nos personnalités, nos histoires de vie, notre rapport au vieillissement, mais aussi à la personnalité, l’histoire de vie, le rapport au vieillissement des résidents avec qui nous avons partagé le repas.

Le soir venu, nous participons à la transmission, moment privilégié où l’équipe de jour passe les informations à l’équipe de nuit. C’est l’occasion pour nous d’en connaître un peu plus sur les résidents mais aussi sur le quotidien des professionnels.

Le lendemain, l’une de mes amies est trop chamboulée par l’expérience de la veille, elle préfère que nous restions ensemble pour le petit déjeuner.
Nous nous retrouvons à passer une bonne partie de la matinée à discuter avec de joyeuses dames qui n’ont rien perdu de leur superbe : nous nous racontons nos vies, tentons de réciter des Fables de la Fontaine, parlons de l’histoire et de l’actualité. Nous ne voyons clairement pas le temps passer, mais il est temps de lever le camp : notre dernière étape nous attend, retour à Delettes prévu dans l’après-midi.

Jour 3 : D’Ecques à Delettes

Sur la route du retour, nous partageons les mêmes constats que la veille : pour vivre avec des personnes à besoins spécifiques l’aspect communication est extrêmement important. Dans les établissements, nous avons naturellement passé beaucoup plus de temps à échanger avec les résidents qui étaient en capacité de communiquer.

La pause déjeuner, un moment propice aux échanges…

J’exprime à mes amies mes inquiétudes par rapport aux fondements de l’association : l’objectif n’est pas de créer un établissement qui n’accueillerait qu’un certain type de public, bien au contraire, l’objectif est d’offrir une alternative à toute personne quelque soit sa spécificité et son niveau de communication.

Après de longues heures de discussion, nous concluons qu’il est indispensable de bien penser à l’équilibre des publics accueillis pour permettre aux personnes ayant de grandes capacités à communiquer d’interagir suffisamment.

Constats à l’arrivée…

Unies au départ, encore plus à l’arrivée…

Dans les deux établissements, les résidents et les professionnels ont été nombreux à exprimer leur soutien au projet :

  • Certains résidents pensent que le projet Athéna est une solution complémentaire à l’offre existante, en permettant notamment de faire cohabiter des personnes à besoins spécifiques et d’autres qui n’en ont pas. Par exemple, un couple où l’un des deux requiert des besoins médicaux ou des parents avec leur enfant en situation de handicap.
  • Nous avons appris que certains professionnels avaient eux-mêmes des projets pour contribuer à améliorer l’offre médico-sociale.

A l’issue du périple, je sens mes amies heureuses de mieux comprendre mon engagement dans l’association « Projet Athéna ».

Un mois plus tard…

L’émotion est toujours aussi forte lorsque nous évoquons cette randonnée hors du commun.

En allant à la rencontre d’autres personnes, nous avons aussi appris à mieux nous connaître les unes les autres : nous en savons désormais plus sur la manière donc chacune appréhende le handicap, la maladie, le vieillissement.

Les discussions que nous avons eues avec les résidents ont également contribué à éclairer nos propres vies. Je pense, par exemple, à ces échanges à bâtons rompus que nous avons eus pendant des heures avec deux dames, l’une de 96 ans, l’autre de 97 ans : les écouter parler de leurs vies nous a permis d’aborder nos vies sous une perspective différente.

Nous immortalisons notre échange avec Irène, une très chouette nana bientôt centenaire…

Et maintenant ?

Je suis ravie d’apprendre que mes amies souhaitent aller plus loin dans la démarche. L’une d’elle relance une idée que nous n’avons pas eu le temps de mettre en œuvre pour ce voyage-ci : l’écriture d’un livre sur la relation personnes à besoins spécifiques / personnes sans besoins spécifiques. L’autre suggère d’organiser un nouveau périple, de partir sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle pour faire connaître l’association « Projet Athéna » par delà les monts.

A bientôt pour de prochaines aventures !

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